Compte rendu du Comité de sécurité du 1er décembre à l’Ambassade de France (Tokyo)
Nous étions réunis pour écouter l’exposé du Lieutenant-colonel LEROUX, chef des opérations de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris. Il a commandé des opérations de secours en Haïti en janvier 2010 (un détachement national constitué à partir d’unités de pompiers de la zone sud et de l’unité de sécurité civile de Brignoles » (60 spécialistes en sauvetage/déblaiement (SD), avec 6 chiens de recherche). Pour illustrer son propos, un film décrivant la situation durant son action nous a été présenté.
Il s’agissait d’un séisme de magnitude 7 suivi d’un autre de 6.
L’équipe est arrivée plusieurs jours après le séisme et donc après que certains travaux de déblaiement aient eu lieu. Voici son action ainsi que celle des équipes internationales.
Délai d’intervention :
L’UNDAC [Système des Nations Unies pour l'Évaluation et la Coordination en cas de Catastrophe] gère l’intervention des équipes internationales. L’attente d’une autorisation d’intervenir sur un sol étranger s’ajoute au délai d’envoi des équipes. Les membres intervenants sont ensuite alertés et commencent à se mobiliser pour se rendre sur la zone touchée. Le matériel, extrêmement encombrant, se trouvant parfois en plusieurs endroits, est rassemblé et le tout transporté sur des avions militaires.
Les hommes :
Les effectifs humains sont importants tout comme le matériel. Ce sont souvent des bénévoles ayant suivi une formation poussée : médecins, ambulanciers, ingénieurs ou pompiers sauveteurs. Les équipes doivent être totalement indépendantes, d’un point de vue intendance et logistique (campement, nourriture, eau) et ne pas être une charge pour les autorités locales. Elles doivent pouvoir être autonomes malgré la destruction des infrastructures. Cette autonomie est de 15 jours.
Les sauveteurs doivent respecter certaines procédures d’intervention: l’aide apportée doit correspondre aux besoins répertoriés par les autorités locales ou par ceux qui gèrent les secours sur place. De plus, ils doivent être sensibles aux paramètres culturels, les équipes présentes ayant souvent des origines très diverses.
La première préoccupation est la sécurisation des personnels, hommes et femmes, familiers de ces situations de crise: équipements de protection individuelle, balisage des zones à risque, éclairage, gestion des personnels pour éviter la fatigue, le surmenage et le coup de chaleur d’effort. Dans le cas d’Haïti, travailler dans la chaleur tropicale quelques heures après le départ de Paris en plein hiver, et supporter l’odeur qui se dégage des décombres.
L’équipe française occupait le terrain de l’ambassade de France. Ce qui ne serait pas une option à Tokyo.
Les techniques et le matériel :
Les techniques de sauvetage font partie des formations militaires de la sécurité civile. Elles sont aussi enseignées entre autres chez les sapeurs-pompiers. Ils sont familiers d’une intervention en temps de guerre, par exemple. (Pour information, les Pompiers de Paris sont des militaires)
Les sapeurs sauveteurs français, affectés sur le site de l’hôtel Montana pour la recherche et l’extraction des survivants, ont utilisé des géo-stéréophones et des caméras endoscopiques sous les décombres. Ces sondes détectent si quelqu’un remue, bouge, gratte ou tape et ont pu ainsi permettre de retrouver plusieurs victimes.
Quand on retrouve un survivant, il faut souvent déplacer les débris à la main. Des machines lourdes seraient dangereuses pour les ensevelis. Malgré l’efficacité des nouveaux robots, des chiens dressés (équipe cynophile) sont extrêmement utiles. Toutefois, ces chiens qui fouillent des ruines à la recherche de survivants se blessent les coussinets sur les éboulis et s’épuisent rapidement. Certains périssent.
Les survivants dégagés des décombres sont ensuite examinés et classés par priorité. Un hôpital de campagne est mis en place pour faire de la chirurgie mais certaines opérations d’urgence ont lieu sur le terrain. Il est parfois nécessaire d’amputer sur place des victimes coincées trop longtemps sous de lourds pans de murs, afin d’éviter un syndrome de (de)compression (crush syndrom) qui pourrait entraîner une insuffisance rénale et la mort. Les médecins remplacent les médecins locaux eux-mêmes en état de souffrance pour petit à petit les laisser prendre le relais.
Approche stratégique nécessaire :
Les sauveteurs tentent de savoir si les victimes pourraient être concentrées dans une zone du bâtiment (poches de survie). Par exemple, s’il y a eu une réunion dans une grande salle, c’est là que les recherches commenceront. Ils recherchent des espaces vides où des personnes peuvent se retrouver enfermées suite à l’effondrement des murs, ou des endroits où les survivants ont pu se cacher (sous un bureau, dans une baignoire ou un escalier). L’écoute est un élément crucial, réclamant l’immobilisation des équipes de recherche pendant plusieurs minutes afin de percevoir le moindre bruit de manifestation d’une personne ensevelie.
Dans le souci de sortir des victimes vivantes, leur mission consiste à les localiser. On organise donc les éléments qui sont capables de localiser les victimes, essentiellement sur l’exploitation du renseignement, c’est-à-dire quand des gens leur disent qu’ils ont entendu des personnes à un endroit, ils vérifient car parfois, les gens pensent avoir entendu et quelquefois, il n’y a rien !
Afin d’éviter les recherches redondantes, quand une zone a été fouillée on la balise à l’aide de signes reconnus par l’INSARAG [Groupe Consultatif International de Recherche et de Sauvetage des Nations Unies (GCIRS) -UN’s International Search and Rescue Advisory Group] .
Les autorités locales décident de la fin des recherches de survivants. Généralement au bout de 5 ou 6 jours. Cependant, en Haïti 2 personnes ont été retrouvées vivantes après 11 et 15 jours. L’accès à l’eau étant un facteur de chance. Les équipes internationales ont elles aussi du travail dans leur propre pays et ne peuvent bien entendu rester au-delà de 2 semaines, limite de leur autonomie.
En conclusion :
Rappelons que le séisme de janvier 2010 en Haïti a fait plus de 220.000 morts, 310.000 blessés et 4000 amputés.
Les équipes de sauvetage, locales ou internationales, font un travail extraordinaire dans des conditions extrêmement éprouvantes physiquement et psychologiquement. Même pour des brigades françaises, en tant que ressortissants français nous ne serions pas leur priorité, ici au Japon : comme vous l’avez vu plus haut, la coordination de leur action est gérée par l’UNDAC.
Mais aidons les sauveteurs à nous localiser : si nous sommes de retour en France ou en voyage, le temps qu’ils ne mettront pas à nous rechercher ici sera d’autant donné pour sauver une autre personne. Toutes les ressources seront ainsi utilisées pour les présents.
D’où l’intérêt de notre système d’îlotage et de la mise à jour régulière de votre adresse, en toute confidentialité.
Prière aussi de vous manifester pour rassurer les chefs ou suppléants d’îlots sur votre sort ou leur permettre de mesurer les dégâts que vous avez subis et vos besoins. Ils relayeront cette information auprès de l’ambassade.
À vous de faire un effort de votre côté pour faciliter la tâche des sauveteurs.
Recensez-vous auprès de votre îlot, quand vous vivez dans un pays étranger ou quand vous le quittez.
Quand vous voyagez, vous pouvez profiter des sites du Ministère des Affaires étrangères (MAE) recensant les personnes en déplacement dans un pays donné. Votre enregistrement se fait sur le site « Fil d’Ariane » :
https://pastel.diplomatie.gouv.fr/fildariane/flux/protected/frameset/index.html
https://connexion.mon.service-public.fr/
Contribution d’Yvette Fukuda
co-responsable de l’îlot 812 (arrondissements de Taito et d’Arakawa)